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ECOSOC
Gagner le droit de parler de notre propre voix à l’ONU
10/09/2009
Suède
Europe
 
La RFSL, Fédération suédoise pour les droits des LGBT (Lesbiennes, gais, bis, trans), a demandé en 2006 et obtenu en 2007 le droit d’être admise à l’ÉCOSOC (Conseil économique et social) de l’ONU. A deux reprises (en janvier et en mai 2007) sa directrice exécutive, Maria Sjödin, avec son président, Sören Juvas, se rendirent à New York pour défendre la candidature de la RFSL. En mars 2006, celle-ci obtint le statut de secrétariat des femmes lors de la conférence mondiale de l’ILGA et son mandat fut renouvelé pour deux ans lors de celle de 2008.


Quelle stratégie se trouvait derrière votre demande d’admission à l’ÉCOSOC?
En réalité, cette décision avait déjà été prise en 2002, lorsque l’ILGA se vit refuser l’entrée à la conférence de Durban sur le racisme et l’intolérance. Toutefois, ce n’est qu’en 2005 que nous avons pu réunir toutes les pièces du dossier nécessaire à la candidature. Pour nous, cette décision naquit, d’une part, de la frustration face au refus de l’ONU de donner la parole à l’ILGA, montrant ainsi quel traitement on réservait à la population LGBT. D’autre part, cela procédait d’un intérêt croissant pour les thématiques internationales au sein de la RFSL au cours des dix dernières années.

Comment avez-vous compris l’importance d’être physiquement présents à New York pour défendre votre candidature et pourquoi avez-vous pensé y envoyer deux personnes?
Au début, nous ne pensions pas du tout y aller. Mais après en avoir discuté, entre autre avec le ministère des Affaires étrangères suédois, nous avons décidé de mettre toutes les chances de notre côté en nous y rendant. Nous avions déjà reçu plusieurs questions auxquelles nous avions répondu par écrit et il apparaissait clairement que nos opposants allaient nous mener la vie dure. Nous pensions que notre action serait mieux servie par un travail d’équipe, plutôt que par un seul responsable, et il nous a paru naturel d’envoyer un représentant de chaque genre.

Qu’avez-vous ressenti devant cette commission pour le moins hostile et quelle est la question qui vous a le plus surpris?
Il se trouve que nous avons passé la semaine entière dans la salle réservée aux ONG, mais ce n’est qu’après quelques jours que nous avons été soumis aux questions. Par conséquent, nous avons eu le loisir d’observer et de faire du lobbying avec des délégués, bien avant de nous retrouver face à nos interrogateurs. Nous avions l’intention de montrer le sérieux de notre association, et que nous ne nous laisserions pas intimider par le fait de passer devant ce comité.

Ils nous ont posé des questions sur des évènements assez obscurs dont il n’avait même pas été question dans les quotidiens nationaux suédois (sans parler de la Toile). En revanche, il est évident que nos opposants – en Suède, en Égypte ou ailleurs – savent coopérer et s’échanger des informations très efficacement. La question portait sur le détournement de fonds de la part d’une antenne locale, quelques années plus tôt. Il n’a pas été difficile de leur répondre que, bien entendu, en tant qu’association nous ne pouvions accepter une gestion délictueuse de l’argent ; mais qu’en outre, il est toujours impossible de se protéger des actes– sauf à avoir immédiatement recours à la police, dès que l’on en a connaissance.
Nous avons aussi été questionnés au sujet de notre position sur la convention de l’ONU contre la corruption. Ils ont aussi posé quelques questions sur notre activité dans les écoles. L’Égypte a déclaré que des recherches prouvaient que le développement psychologique des jeunes garçons pouvait être perturbé par le fait d’entendre ce qui est en relation avec ce sujet (p.ex., qu’il existe des orientations autres que l’hétérosexualité). Ils voulaient par conséquent savoir comment nous envisagions nos activités dans les écoles. Ils voulaient aussi que nous leur garantissions ne pas vouloir agir dans les pays où l’homosexualité est illégale. Quelques-unes de leurs questions donnaient l’impression qu’ils étaient surtout intéressés par nos activités avec les garçons. Et dans les faits, la présence d’une femme dans notre délégation, au côté d’un homme, a probablement été un avantage.

Quel effet aura le statut ÉCOSOC sur le secrétariat des femmes de l’ILGA?
Grâce à son statut ÉCOSOC, la RFSL a eu la chance de pouvoir être accréditée à l’un des plus grands évènements de l’ONU : la commission sur le statut des femmes (CSW). En 2008, deux membres de la RFSL y ont participé. De plus, toujours grâce à ce statut, nous y avons accrédité Gloria Careaga, actuelle secrétaire générale de l’ILGA. Cela a permis une augmentation de la visibilité des questions lesbiennes, ainsi que de leur mise en réseau.

Nous y avons de nouveau participé en 2008, et organisé l’unique évènement qui nommait explicitement les bisexuelles et les lesbiennes : Les droits des femmes invisibles : les droits humains des lesbiennes et des bisexuelles. Notre but était de développer une discussion constructive sur les défis et sur la possibilité de soulever des questions et des préoccupations au sein de l’ONU, en corrélation avec le discours général sur les droits humains. L’évènement fut un succès. Nous nous proposons donc à présent d’amener le gouvernement suédois à parrainer un autre évènement en 2010. Le thème en sera la violence envers les femmes en raison de leur orientation sexuelle, expression ou identité de genre, réelles ou supposées. Bien qu’ayant envoyé notre proposition dans les temps, au début nous avions été exclus et ni espace ni temps ne nous avait été attribué. Nous les avons obtenus seulement en contactant expressément les organisateurs, et même après cette démarche nous ne figurions pas sur le programme accessible depuis le site de l’ONU. Peut-être s’est-il agi d’une véritable erreur, ou bien quelqu’un a-t-il pensé que le titre était sujet à discussion – il était donc génial qu’autant de gens soient venus après avoir réussi à se procurer nos affichettes ou à nous voir dans le programme du jour. Cela démontre indéniablement qu’il existe une demande pour des évènements qui nomment et qui traitent des questions lesbiennes et bisexuelles !

Qu’avez-vous appris de tout cela, qui pourrait être utile aux autres associations LGBT?
Une chose est sûre, nous avons appris combien nos adversaires sont bien organisés et collaborent efficacement entre eux. Nous avons été surpris par la quantité et la qualité du matériel traduit dont ils disposaient. D’un certaine façon, c’est rassurant – nous savons que les opposants aux droits humains des LGBT ont une telle peur de nous qu’ils emploieront les grands moyens pour nous tenir à l’écart. Je suis sûre qu’ils savent que lorsque nous sommes là (comme dans tout le mouvement LGBT), nous pouvons changer la manière dont fonctionne le monde, et nous le ferons.

Il était très important pour nous d’être présents ainsi que de nous engager avec le ministère des Affaires étrangères suédois afin qu’il puisse plaider notre cause. Tout ce qui s’est passé, grâce à l’ÉCOSOC et à notre présence et notre engagement à la CSW, est très positif – nous pouvons parler d’une voix haute et claire et organiser notre présence.

Entrevue de Maria Sjödin par Patricia Curzi, Mars 2009

www.rfsl.se

Traduction Patrizia Tancredi



La traduction en anglais de cette interview est disponible dans la publication d’ILGA “Lesbian Movements: Ruptures & Alliances“, page 68.